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Tarot de Marseille ou Rider-Waite : lequel choisir
C'est la première question que se pose presque tout le monde avant d'acheter un jeu. Marseille ou Rider-Waite ? Les deux comptent 78 cartes, les deux racontent le même voyage symbolique, mais ils ne se lisent pas du tout de la même manière. Voici ce qui les sépare vraiment, et comment trancher sans se tromper.
Deux histoires, deux intentions
Le Tarot de Marseille est le plus ancien des deux. Il descend des tarots italiens du XVe siècle, puis se fixe dans les ateliers de cartiers français aux XVIIe et XVIIIe siècles. Le jeu gravé par Nicolas Conver en 1760 reste aujourd'hui la référence de la plupart des rééditions. Son dessin est schématique, presque naïf : aplats de couleurs, traits noirs, aucune perspective. Ce n'est pas un défaut, c'est un choix — l'image reste ouverte.
Le Rider-Waite, lui, est un jeu d'auteur. Il paraît en 1909 à Londres, publié par William Rider & Son, conçu par Arthur Edward Waite et entièrement illustré par Pamela Colman Smith — c'est pourquoi on parle aujourd'hui plus justement de Rider-Waite-Smith. Waite venait de la Golden Dawn, un ordre ésotérique anglais, et son jeu porte une grille de correspondances explicite (éléments, astrologie, kabbale).
La différence qui change tout : les arcanes mineurs
Si vous ne deviez retenir qu'un point, ce serait celui-là.
Dans le Tarot de Marseille, les 40 cartes numérales des mineurs (l'as au dix, dans les quatre couleurs : bâtons, coupes, épées, deniers) sont non figuratives. Le Cinq de Deniers montre cinq pièces disposées en motif, rien d'autre. Vous lisez le nombre, la couleur et la géométrie.
Dans le Rider-Waite, chaque carte mineure est une scène illustrée. Le Cinq de Deniers montre deux personnes démunies passant devant un vitrail éclairé : la privation, l'exclusion, l'aide qu'on ne voit pas. Le sens est raconté, donc immédiat.
Conséquence très concrète : avec le Rider-Waite, un débutant peut interpréter les 78 cartes dès la première semaine. Avec le Marseille, il faut d'abord apprendre la logique des nombres et des couleurs — quelques semaines de patience, mais une lecture qui devient ensuite très structurée.
Les autres écarts, en pratique
- La numérotation des majeurs. Dans le Marseille, VIII est la Justice et XI la Force. Waite a inversé ces deux arcanes pour les aligner sur ses correspondances astrologiques : chez lui, VIII est la Force (associée au Lion) et XI la Justice (associée à la Balance). Aucun n'a « raison » — mais ne mélangez pas deux systèmes dans un même tirage.
- Le Mat / Le Fou. Le Mat marseillais n'est pas numéroté : il circule librement. Le Fool du Rider-Waite porte le 0 et ouvre la série.
- Le vocabulaire. La Papesse devient la Grande Prêtresse, le Pape devient le Hiérophante, la Maison Dieu devient la Tour, les Deniers deviennent les Pentacles, les Bâtons des Wands.
- Les figures. Le Marseille a Valet, Cavalier, Reine, Roi. Le Rider-Waite garde la même hiérarchie sous les noms Page, Knight, Queen, King.
- Les couleurs. Le Marseille joue sur une palette réduite et symbolique ; le Rider-Waite sur des scènes narratives avec ciel, paysage et personnages.
Comment choisir, en quatre questions
- Voulez-vous lire vite ou lire longtemps ? Pour une pratique qui démarre dès ce soir, le Rider-Waite. Pour construire une méthode sur des années, le Marseille récompense l'investissement.
- Quel type d'esprit avez-vous ? Si vous pensez en récits et en images, les scènes de Pamela Colman Smith vous parleront. Si vous aimez les structures, les nombres et la géométrie, le Marseille est votre terrain.
- Que lisez-vous autour ? La grande majorité des livres, sites et applications en anglais s'appuient sur le Rider-Waite. La littérature francophone classique (Jodorowsky, Ben-Dov, Camoin) part du Marseille. Choisir le jeu de vos sources vous évite beaucoup de confusion.
- Qu'est-ce qui vous attire visuellement ? Critère sous-estimé et pourtant décisif : vous manipulerez ces cartes des centaines de fois. Un jeu qui vous plaît est un jeu que vous ouvrirez.
Une piste raisonnable : commencer par un seul jeu, tenir six mois, puis découvrir l'autre. Les deux systèmes finissent par se nourrir.
Ce que ça éclaire au quotidien
Au-delà du débat de collection, le choix du jeu change votre manière de réfléchir. Le Rider-Waite vous donne des situations : une image montre quelqu'un qui tourne le dos, quelqu'un qui attend, quelqu'un qui célèbre. C'est très efficace pour nommer une émotion floue et la reconnaître dans sa propre semaine.
Le Marseille vous donne des mouvements : un chiffre qui monte, une couleur qui domine, une série qui se répète. C'est très efficace pour repérer une dynamique de fond — par exemple une accumulation d'épées, que l'on associe classiquement au mental, aux tensions et aux décisions difficiles.
Certaines correspondances astrologiques héritées de la Golden Dawn peuvent aussi enrichir la lecture : l'Ermite est traditionnellement rattaché à la Vierge, le Diable au Capricorne, l'Étoile au Verseau. Ce sont des clés de lecture parmi d'autres, jamais des équations.
Points de vigilance
Ne mélangez pas les systèmes sans le savoir. Interpréter une carte marseillaise avec un manuel Rider-Waite crée des contresens, notamment sur Force et Justice.
Méfiez-vous du « bon » jeu. Aucun des deux n'est plus authentique, plus puissant ou plus juste. Ce sont deux grammaires, pas deux niveaux.
Gardez les cartes à leur place. Un tirage propose des pistes symboliques et des angles de réflexion ; il n'annonce rien de certain. Sur une question de santé, d'argent ou de droit, il ne remplace jamais l'avis d'un professionnel qualifié — au mieux, il vous aide à formuler la question que vous irez lui poser.
Attention aux rééditions. Beaucoup de jeux vendus comme « Tarot de Marseille » sont en réalité des créations modernes plus ou moins fidèles. Regardez la filiation annoncée (Conver, Camoin-Jodorowsky, Grimaud) avant d'acheter.
Questions fréquentes
Peut-on apprendre le tarot avec les deux jeux en même temps ?
C'est possible, mais rarement confortable au début. Les correspondances diffèrent et le cerveau retient mieux un système à la fois. Beaucoup de lecteurs expérimentés utilisent les deux, chacun pour un usage différent : le Rider-Waite pour les questions de vie quotidienne, le Marseille pour les questions de fond.
Lequel est le plus utilisé aujourd'hui ?
Le Rider-Waite-Smith et ses innombrables variantes dominent largement à l'échelle mondiale, notamment parce que la plupart des jeux modernes s'en inspirent. En France, le Tarot de Marseille garde une place forte, portée par une tradition d'interprétation solide.
Faut-il un jeu physique pour bien lire ?
Non. Le geste de mélanger a une valeur rituelle appréciable, mais l'essentiel se joue dans la question posée et dans l'interprétation. Un tirage numérique bien conçu, avec un vrai tirage aléatoire et un journal de vos lectures, remplit parfaitement ce rôle — et permet de suivre les thèmes qui reviennent au fil des semaines.
Envie d'essayer avant de choisir un jeu ? Posez votre question et laissez-vous guider.
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